Entre Népal et Inde

20-26 février : trek en Annapurna !

Vendredi c'est le départ pour Pokhara d'où débute le trek de l'Annapurna réservé via l'organisme EXIS avec lequel j'ai fait le stage de photojournalisme ! Je pars avec Rozenn et Emilie, deux françaises qui m'ont contacté sur le forum du Routard pour être bénévoles à l'école de Bodhgaya avant de me rejoindre à Kathmandu. Notre guide fait le trajet de nuit pour que l'on parte ensemble de Kathmandu dès 6h du matin. Durant les 5h de route je ne peux décrocher du regard le paysage qui défile au rythme des klaxons ! La route est sinueuse et suit le court de la rivière qui se faufile entre les gorges. L'eau agitée par les courants est d'un bleu clair à en faire pâlir la rivière Bagmati de Kathmandu ; non polluée, elle provient des sommets enneigés et fait le bonheur des amateurs de rafting et canoë ainsi que de la production en électricité. Au fil du trajet la campagne se dévoile : des étables de chôme abritent les buffalos qui labourent les terres agricoles, des femmes de tous âges sont chargées de paniers débordant de foin, herbes ou récoltes, des briques par milliers sont moulées à la main à proximité d'une carrière, quelques bas reliefs encerclent une étendue de sable tailladée par la rivière qui reflète le bleu du ciel et soudain des télésièges qui sont l'unique accès au temple Manakamana haut perché sur la montagne attirent mon attention.


En arrivant à Pokhara dans l'après-midi nous allons balader autour du lac après avoir déposé nos bagages à la guest house réservée par notre guide Lal. La ville est d'un calme surprenant et me semble très petite, cela change de la capitale ! Et pourtant mon Kathmandu me manque... Ici le coeur de ville s'achemine autour du lac qui s'étend à perte de vue et reflète à merveille les multiples montagnes environnantes. Les embarquations affluent près du îlot central où l'on aperçoit quelques aménagements paradisiaques propices à l'ambiance festive qui résonne déjà. Avant que nous allions profiter du buffet à volonté inclus dans notre trek, Shilama m'appelle et fait honneur à son statut de seconde maman en me demandant comment était le trajet, si j'ai encore de la fièvre, si je prend encore mon traitement pour la toux, si j'ai mangé, à quelle heure nous partons le lendemain... Le bonheur d'avoir deux mamans et deux chez soi ne peut s'exprimer avec des mots et pourtant je ne peux être plus heureuse !


Nous quittons Pokhara à 8h et arrivons en taxi à Nayapul (à 1070m) pour petit déjeuner avant de démarrer le trek à 10h. Très vite rejoints par nos porteurs, nous sommes désemparées devant cet enfant d'à peine 13 ans à qui nous devrions confier le poids de nos encombrants de consommation ! Celui-ci accompagne son père dont l'âge et l'expérience du métier se lisent sur son visage et dessinent les contours parfaits de ses muscles. Après un long moment d'hésitation, nous décidons de ne pas refuser que ce petit nous accompagne mais il portera ses affaires personnelles ainsi que celles de son père qui fixe mon petit sac de vêtements de rechanges sur le gros sac à dos que se partagent les filles ; je porte mon sac photo avec du réapprovisionnement, de l'eau etc. Le démarrage du trek débute sous la digestion, la contrariété vis à vis du jeune porteur, l'appréhension de quitter Kathmandu à l'issue du trek, la fièvre, la chaleur et l'inconfort du port du sac et des baskets... autrement dit pas dans d'excellentes conditions ! Très rapidement je constate être encore affaiblie par la fièvre : je traine la patte, me découvre de toutes mes épaisseurs jusqu'à finir en débardeur et transformer mon pantalon en short, m'asperge d'eau, ai du mal à manger et suis à l'agonie à chaque arrêts que j'impose au groupe. Trempée de transpirations je vacille entre chaud et froid. Le charme authentique du trek m'incite à poursuivre dès lors que nous traversons plusieurs petits villages construits de granite le long de la rivière où se baignent quelques courageux bretons. Nous suivons un sentier très emprunté par les touristes généralement accompagnés de porteurs lourdement chargés de l'extravagance occidentale... dont les plus culotés font même porter le garçon de 7 ans qui gesticule de droite à gauche dans le panier-sac à dos ! J'ai beaucoup de compassion pour ces hommes au service d'autrui du fait de leur caste. Après 2h de marche environ nous traversons la rivière en empruntant un pont égayé par les drapeaux de prières népalais et poursuivons l'ascension par ce que je redoutais le plus : les 3000 (premières) marches d'escaliers ! Heureusement celles-ci faites de granite se fondent dans le décor naturel mais constituent pour moi un véritable obstacle à cause de mon genou rongé par l'artrose... Lali reste à mes côtés, veille à ce que je boive le thermostat de thé au miel, gingembre et citron qu'il m'a commandé à la place de mon traditionnel thé au lait et épices et m'emboite le pas rythmé par la douleur. Les marches ne sont pas au même niveau, certaines sont très hautes, d'autres plus basses ; je ruse alors de la technique d'Émilie qui zig-zague et veille même à privilégier mon genou gauche pour les marches les plus laborieuses ! Par chance pour cette première journée nous ne marchons que 5h entre Birethanti, Sudame et Tikkedhungga avant de rejoindre Ulleri à 1960m d'altitude où nous passons la nuit et arrivons à 16h30. Très rapidement la fatigue du relâchement s'empare de moi, la toux reprend de plus belle ainsi que la fièvre. Gelée je m'endors avec bonnet, chaussettes doublées de trek, mitaines, polaire, plaid, couverture et sac de couchage, équipement de survie oblige ! La nuit sera atroce : obligée de me changer 3 fois de tenue complète tant je suis trempée et d'enchaîner les cachets pour faire descendre cette fièvre proche de 40 degrés au vue des hallucinations et vertiges qui s'emparent de moi !! Tant bien que mal, ma nuit de près de 15 heures s'achève, une douche bien méritée me requinque et nous poursuivons l'ascension de ces marches interminables !


Prochaine escale : Ghorepani avec 1000m de dénivelé de marches à gravir en 6h ! Chaussures de marche et sac à dos mieux fixés et organisés que la veille, je reprend ma marche en zig-zag. Dans l'incapacité d'articuler je chantonne et songe déjà à prolonger mon séjour à Kathmandu, ce qui ne peut plus me motiver ! Plus on monte en altitude plus la vie des tribus montagnardes s'organise différemment : de nombreux ânes assurent le ravitaillement en nourriture et gaz des villages, les hommes labourent la terre comme nous le faisions au Moyen-Age mais ces dures conditions de vie n'affectent pas les sourires des locaux ni même de notre jeune sherpa qui emjambe les marches à une allure fulgurante et escalade les rhododendrons pour nous cueillir leurs belles fleurs rouges ! Le mal-être que j'avais vis à vis de lui s'estompe aussitôt car il est évident qu'il est heureux dans ce milieu là. Les locaux comme les touristes font preuve d'une gentillesse admirable en m'entendant tousser, certains me donnent des épices à base de thym pour adoucir la toux, tandis que Lali et notre porteur s'empressent de me commander un thé au citron et au miel alors que ce dernier aussi en aurait besoin ! Ce sont toujours ceux qui ont le moins qui donnent le plus... Dans de telles conditions je me dois de retrouver mes forces au plus vite afin de faire honneur à la sincérité de leur bonté qui réchauffe le coeur ! Peu à peu la chaîne enneigée de l'Himalaya se dévoile devant mes yeux constamment ébahis. En arrivant à Ghorepani la vue panoramique est imprenable ! Installée devant Mère Nature il est bon de se sentir petit devant l'immensité de ces reliefs où 8 des plus hauts sommets du monde se font concurrence... Notre guest house est comme toujours bien située et orientée mais l'extension de ses étages semblent être fait de cartons et placo en bois comme dans le conte des trois petits cochons... j'en ai peur de tousser HAHAA ! Nous y mangeons bien et se réchauffer près du poêle central de la pièce principale est des plus agréables après autant d'effort. Incapable de trouver le sommeil, je reste en compagnie d'Emma une réunionnaise amoureuse des treks nature qui nous invite d'ailleurs toutes les 3 à défier le Piton de la fournaise et les nombreux cirques de l'île lors d'un séjour chez elle...


Le matin nous partons avant le petit déjeuner pour admirer le lever de soleil depuis Poon Hill à 3200m, point culminant de notre trek où nous retrouvons les bretons et le canadien rencontrés au premier jour. Le vent est puissant et froid mais le spectacle vaut le déplacement : une mer de nuages opaques recouvre Ghorepani, le soleil quant à lui se lève derrière les montagnes et peu à peu ses rayons percent timidement l'un après l'autre, illuminant chacun un peu plus la plateforme et la vallée et dévoilant ainsi la chaîne montagneuse sacrée ! 


Une fois rassasiés nous attaquons la redescente jusqu'à Tadapani à 2630m d'altitude... J'ai plus de facilité en descente bien que les mollets forcent à présent autant que les genoux. Requinquée, je marche essentiellement avec Emilie avec qui je m'entends bien, révise mon hindi avec Lal, pratique le nepali avec les locaux et nos porteurs dont la compagnie est précieuse et m'équipe d'un sac plastique pour ramasser les déchets que sèment ceux qui nous précédent... Dynamique comme j'aime, plus rien ne m'arrête lorsque j'ai la musique dans les oreilles ! L'ascension sur le flanc de la montagne qui fait face à Poon Hill nous conduit sur un point culminant où on peut observer le sommet de l'Annapurna Sud pour la dernière fois ; nous en profitons pour faire des photos de touristes tous ensemble et le sourire de chacun ne peut être plus sincère. La poursuite du sentier sillonne à travers la forêt où le soleil ne parvient pas à percer l'ombre des arbres pour faire fondre la glace, la traversée promet d'être laborieuse. Bloqués à plusieurs reprises avec d'autres groupes, Lal muni de sa pioche est obligé de faire des entailles dans la glace pour que nous puissions cheminer sans trop glisser... Jusqu'au moment où le toboggan de glace suscite en moi cette envie enfantile de me laisser glisser dans une chute contrôlée mais freinée trop vite à mon goût, forcée du coup de me relever pour impulser le démarrage, la chute est brutale et cette fois non contrôlée : tombée sur le ventre je dévale la pente à plat ventre et bras tendus vers le ciel pour protéger l'appareil photo attaché à mon poignet en répondant au groupe de japonais "I'm okay, my camera is safe dont worry !"... Ah la la, les péripéties de ce genre ne sont que le signe que je vais mieux et je ne peux qu'en rire ! Dans la journée j'aurais le luxe de cumuler 4 ou 5 chutes à mon actif dont une autre mémorable dans la boue et encore une fois devant des japonais qui me donneront un paquet de lingettes pour les mains... Le monde est tellement riche de personnes adorables que je ne peux effréner les rencontres et perdre mon temps à être malade ! A chaque pause notre jeune porteur s'empresse de me prendre l'appareil des mains pour s'exercer à la photographie qu'il semble apprécier et n'a pas mis longtemps à assimiler. C'est tellement agréable de le voir se régaler ainsi... Jamais fatigué, toujours interessé d'apprendre, souriant et attentionné, avec Rozenn et Emilie nous sommes toutes 3 conquises par ce petit bout au sourire charmeur et regard pétillant ! Sur la route nous recroisons les bretons toujours en quête d'un point d'eau pour se baigner et nous passerons la soirée ensemble à la guest house avec le canadien si atypique.


Après une journée de 7h de randonnée la veille, 4h seulement nous attendent jusqu'à la prochaine escale : Ghandruk 1940m. Le temps se couvre à plusieurs reprises dans la journée mais la brume ne dissipe pas la beauté du paysage et rend la marche plus agréable encore. Les rizières en terrasse dessinent le relief des flancs montagneux mais ce n'est qu'en période de mousson (juillet-septembre) que la splendeur des cultures verdoyantes ainsi alignées et superposées sera à son apogée, comme j'avais pu le voir à Jatiliwih en Indonésie (Bali) ! Nous descendons jusqu'à retrouver le niveau de la rivière où la pause déjeuner est la bienvenue. Pendant le repas, la famille danoise au complet : frères, soeurs, cousins et les 3 enfants s'attablent derrière nous et la petite dernière a le luxe d'avoir son porteur/baby-sitter qui la promène à distance via un harnais et une longue corde jamais détendue tant la petite vagabonde de tous les côtés ! Dans un moment d'inattention elle trouve le temps de grimper sur mes genoux pour faire des photos avec mon appareil et son "grand" frère quant à lui me montre sa collection d'insectes fraîchement capturés... Aimant à enfant de mère en fille cela ne s'explique pas ! Pendant la digestion Lal nous indique notre destination en pointant du doigt les habitations de la montagne d'en face qui nous surplombe ; horrible j'aperçois déjà les marches de mon calvaire et pourtant c'est la tête haute encouragée par la musique que je les défierai une à une ! Je ne suis plus à quelques milliers de marches près maintenant. Comme à chaque traversée de villages, une fois arrivés en haut et ce incroyablement vite, je vide mon sac de déchets avant de tous nous féliciter pour cette ascension record ! A l'entrée du village un vieil homme attablé dans une échoppe nous honore de son accueil et me commande un thé citron-miel en m'entendant tousser, jamais je n'oublierai cette attention si spontanée, ni même l'étonnement et la gratitude qui se lisaient dans ses yeux lorsque nous avons échangé quelques mots en népalais... Ces rencontres où la barrière de la langue ne fait pas obstacle à l'échange sont véritablement les plus intenses ! Jusqu'à la Guest House le sentier s'aplanit, je marche à présent aux côtés du groupe avec qui je continue de réviser mon népalais avec assiduité !


Notre chambre à 3 lits a beau être la moins spacieuse du trek, la façade aux colonnes de bois sculptées et colorées dans un style oriental est tout simplement sublime tout comme la vue plongeante ! L'endroit est d'un calme relaxant. Avec Emilie et Rozenn nous profitons de l'espace vert qui surplombe la vallée pour y établir un campement d'après effort, rapidement rejoint par notre guide Lal qui nous montre le parcours effectué sur la carte... Quant à nos porteurs ils sont installés un peu plus loin et prêtent attention aux bruits de la nature, surtout le fils qui fait preuve d'un intérêt certain à apprendre de son père. La douche du bâtiment principal étant occupée je décide d'utiliser celle du cabanon isolé entre les champs agricoles et le carré d'herbe de la Guest House. Je dépose mes sur-couches vestimentaires sur la clôture tout en contemplant la cascade qui s'écoule sur tout le flanc de la montagne, j'installe ma musique sur le rebord de la petite fenêtre depuis laquelle le paysage fait office de tableau et accroupie sous le robinet, l'eau est si chaude que je m'asperge à grandes abrassées dans une extase enfantile ! Quel bonheur a été cette douche bien que le pommeau ne fonctionne pas, je ne pouvais espérer être dans de meilleures conditions. Jusque dans la soirée je reste avec les locaux à bafouiller avec succès tout mon vocabulaire népalais et me rend compte qu'avec la 15aine de mots que je connais je peux déjà exprimer bon nombre d'idées bien que la syntaxe se limite souvent à "moi vouloir eau froide", les népalais me comprennent, me corrigent, enrichissent mon vocabulaire et m'encouragent à pratiquer ! Rien ne peut plus me motiver à persister. Je veille alors à associer chaque nouveau mot appris à ceux que je connais déjà et à l'employer dans différent contexte tout au long de la journée... une technique qui semble plutôt pas mal fonctionner.


Le lendemain je me réveille comme la veille entre 5h et 6h du matin et 9h de marche nous attendent pour achever notre trek jusqu'à Phedi ; petit déj de compétition oblige : toasts grillés avec oeufs au plat, banana pancake, assiette de fruits et thé aux épices et au lait (stop les thé anti-toux trop acides!!) ! La descente à travers Landruk, Tolka et Pothana se fait dans la joie et la bonne humeur et en tête de file contrairement aux passages en montée où je suis bien loin derrière le groupe. J'ai une telle énergie que jusqu'à la pause déjeuner je m'impose le challenge de marcher à un rythme régulier et rapide quelque soit le dénivelé ou les conditions de marche et ce sans m'arrêter pendant 1h30 ! Ébahie par le paysage des rizières en terrasse et bien devant je m'amuse à écrire des messages en népalais sur la route et à faire des flèches en cailloux pour témoigner de mon passage effréné au groupe... Je ne m'arrête qu'au niveau d'un croisement après une heure, attendant les indications de notre porteur tout comme la dernière demi-heure où certains passages insoupçonnés ne peuvent être visibles que par les Sherpas capables de se repérer les yeux fermés ! "Une fusée dans le cul" pour cette dernière journée comme dit Rozenn, je ne vois pas les 9h passer, jusqu'à ce que l'écho des klaxons qui se répondent au loin me ramène à la réalité...

Embarqués aussitôt dans un bus bondé pour Pokhara, je m'installe parterre dans la rangée du milieu et tente de pousser la chansonnette mais notre petit Sherpa vit mal le retour à la civilisation et les secousses du trafic... D'un blanc aussi livide que la tristesse et la honte qui se lisent sur son visage, nous nous quittons ainsi mais je n'oublierai jamais la reconnaissance et le bonheur de son père à qui j'ai remis les 5000rps de pourboire dans une poignée de mains attendrissante !


Accompagné par Lal, nous essayons de trouver une agence de parapente ayant des disponibilités pour le lendemain matin mais une compétition de parapente ayant justement lieu, toutes les réservations sont complètes... Se sera pour une prochaine fois. N'ayant q'une envie : rentrer chez moi à Kathmandu, je n'irai pas non plus cette fois à Lumbini lieu sacré d'où Lord Siddharta Buddha est originaire. Je décide donc de rentrer sous la grisaille et la pluie avec Rozenn et Émilie !

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Suriano yvette (mercredi, 25 novembre 2015 18:50)

    Chère Sylvia !!!!milles merci pour ces belles photos , que j'ai pu prendre sur internet et cela grace à ta maman:nous avons tout tout regardés c'est génial ce que tu fais et courageux; à quelque part je t'envie de pouvoir rendre ces gens que tu aimes heureux et partager leur vie, fais quand meme attention à ta santé:je sais que tes parents vont aller te voir c'est super pour toi et pour eux c'est formidable:tu sais je pense qu'ils sont fiers de toi : je sais que tu restes j'usqu'au mois de mars mais je te fais confiance tu tiendras le coup: merci à toi et toute l'équipe et bonjour aux népalais pleins de gros gros bisous à toi et à bientot !!!!!!!!!!!!!yvet et ant


Trek à Chitwan-nuit au Monastère-Shiva Ratri festival

Les festivités continuent jusqu'à mercredi, jour fatidique puisque Ottavia s'en va. Triste dès le réveil je file me changer les idées au temple où sont célébrés de nombreux mariages, embarquant au passage Camila la Guatémaltèque qui étudie en Taïwan. Ram est déjà sur place, en retrait derrière le temple, une cérémonie commence : pour l'heure la future mariée accomplie le rituel en compagnie de ses parents et du religieux. La jeune femme est resplendissante : vêtue d'une robe rouge finement décorée de dorures, maquillée harmonieusement, elle scintille des strass qui dessinent ses sourcils et affiche sur son visage l'importance et le bonheur de cet union jusque dans ses yeux remplis d'amour et affinés d'un trait noir. Elle même étudiante en journalisme, elle accepte que nous assistions à tout son mariage ; j'essaye alors de réaliser des photos qui reflètent l'amour ambiant. 


Retour à la maison pour le déjeuner, rien d'autre que le départ d'Ottavia ne compte à présent. La boule au ventre, elle trie ses affaires et les cinq dernières heures avant de l'accompagner à l'aéroport ne pouvaient pas plus me bouleverser. Bien que soulagée par nos retrouvailles en avril en Allemagne, j'ai du mal à accepter le départ de mon acolyte et des larmes perlent timidement lorsque je m'isole. En tout juste deux semaines, elle est devenue plus qu'une amie de toujours, comme le reflet de moi même et une partie de moi, elle est l'acolyte idéal qui me comprend en toutes circonstances et manquait à ma vie. A l'aéroport à 16h nous déposons notre Ottavia internationale convoyée par deux taxis remplis de ceux qui l'aiment. Shila la mama est anéantie de voir partir Otta, nous restons ensemble et je décide de cuisiner le repas du soir pour soulager Shilama qui n'a pas le goût du tout. Heureusement les copains viennent à mon secours : Gorka mi companero Master chef reste de l'épluchage de patates au dressage d'assiettes, Sam notre lampe torche vivante intervient pendant la coupure de courant et Ellory l'experte en cuisson de crêpes s'accommode à merveille des moyens du bord. Crêpes à la cévenole pour tout le monde : pommes de terres épicées et frites, champignons de Paris poêlés, parmesan, bleu, bacon, oeufs crus, accompagnées d'un Chardonnay. Tout le monde est ravi alors je le suis aussi d'autant plus que Shila s'avère extrêmement reconnaissante envers moi pour cette prise d'initiative dans un moment comme celui-ci.


Le lendemain le lit d'Otta est vide et nous avons toujours autant de mal à le concevoir avec Shila, la nostalgie s'empare de nous dès le petit déjeuner et nous espérons la voir rentrer de soirée à tout moment. Cette journée j'ai besoin de la passer seule à marcher dans Kathmandu... jusqu'au moment où la chanson "Sky and sand" de Paul K qu'Ottavia m'a dédiée s'enclenche dans ma poche à l'endroit même où nous avons connu notre péripétie nocturne en tuk-tuk. Immédiatement les larmes me montent et je ne peux surtout pas éteindre la chanson. Le reste de la journée n'est que nostalgie et souvenirs, même lorsque je rejoins les autres, l'absence de mon acolyte est trop présente. Heureusement le soir nous fêtons l'anniversaire de Gorka notre espagnol originaire de Madrid qui étudie à Montréal. Pour l'occasion le plafond de la salle à manger est décoré de ballons multicolores et Shilama nous concocte un repas spécial : frites maison, pokata, poulet et évidemment Dhal bhat, en plus de gâteaux d'anniversaire ! Ambiancés par les cotillons de fêtes, nous passons un très agréable moment et le petit qui fête son premier anniversaire au Népal est ravi de son maillot de foot aux couleurs locales.


Vendredi et samedi nous partons pour le Parc National Naturel de Chitwan, tous ensemble en bus, avec Maya une allemande rencontrée la veille au Phatkhat bar de Kathmandu. Pendant le trajet nous faisons la connaissance d'un népalais Bishey qui nous indiquera une auberge de jeunesse à prix cassés à l'angle de sa maison où il vit avec sa future femme d'origine américaine, ainsi qu'une prestation combinant balade en pirogue dans la rivière des croco et randonnée de 8h dans une portion de la réserve naturelle. Sous ses conseils nous mangeons au food festival où des stands avec mobiliers en plastique et chapiteaux sont installés devant la scène sur laquelle défilent des danseurs de tous genres. Après une visite de la ville nous louons des vélos pour 1€/h et partons direction l'espace réservé aux éléphants ! Par chance ma sonnette fonctionne et excitée par cette aventure cycliste je ne peux m'empêcher de klaxonner à la népalaise en lançant quelques "Namaste" aux passants, une petite monte un temps sur le porte-bagages de mon vélo, tout n'est que magie ! Le soir Maya, très bien équipée, nous concocte une exquise soupe de pâtes à la tomate épicée et nous interprète quelques chansons à l'aide de sa mini guitare de trek !


Partis au petit matin pour la journée dans la jungle de Chitwan, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le lac est encore sous la brume et le soleil fera le timide jusqu'à 9h du matin, au cours de notre escapade en pirogue à contempler les crocodiles et les espèces volatiles. Nous avons trois guides : un qui a l'air de connaître la réserve mieux que personne, l'autre qui sait y trouver les trésors de la nature et notre guide officiel au style d'explorateur qui lui va à merveille. Une fois amarrés, celui-ci nous explique la réaction à avoir face aux animaux sauvages : il faut faire face au tigre sans bouger et courir s'il s'élance, zig-zaguer à 41km/h devant un rhinocéros et grimper au plus gros arbre en le distrayant avec un vêtement jeté au loin ou taper le museau d'un ours et courir au plus vite, quant à l'éléphant qui court à 60km/h il faut faire mieux ! A chacun leurs astuces, ils nous montrent comment pister ces espèces à travers la jungle : urine de rhino, crottes de biche, empreintes de tigre femelle reconnaissable à sa forme carré, sang de rhino ou encore l'écho des cornes qui s'entrechoquent avec violence. Mais la jungle ne se dévoile pas aussi facilement, les animaux sont solidaires entre eux et notre présence bien que discrète au possible est annoncée par les cris stridents des singes qui s'agitent dans les hauteurs des arbres. A quatre reprises nous observons de très près des rhino sauvages en train de siester, de s'alimenter ou de promener avec bébé. Les crocodiles se replient en bord de rivière en attendant l'heure du festin, de petites perruches vertes dansent dans le ciel au risque de se brûler les ailes sous le soleil de plomb, les terriers creusés abritent leurs occupants qui restent au frais, un essaim d'abeilles bourdonne au dessus de nos têtes tandis qu'au sol on trouve de nombreuses épines de porc et pic. Mère Nature la merveilleuse ne cesse de m'impressionner... Cette randonnée est époustouflante : pas moins de 7 paysages différents se dessinent au fil de notre avancée, passant de la forêt dense, aux étendues arides de la savane ainsi qu'aux espaces vert de fougères où les arbres chatouillent les nuages, aux espaces sauvages non défrichés où les termitières jaillissent de terre, mais nous croisons également un camp d'habitations protégé par de multiples feux de bois pour éloigner le prédateur de la nuit, nous longeons le bord de rivière dont la paroi rocheuse laisse imaginer une plage de sable fin, avant de rejoindre le large lac de Chitwan.


Un des guides nous distribue des chewing-gum pendant qu'il se procure son chewing-gum naturel dans la racine d'une tige. De même il cherche dans les déjections de rhinocéros trois variétés de champignons hallucinogènes qui y germent. Décidément les rhinocéros sécrètent des trésors jusque dans leurs excréments, cependant la substance dite "aphrodisiaque" contenue dans leurs cornes est convoitée à tord : la reproduction des rhinocéros a beau être musclée, le secret de cette libido est plus instinctif que cela. Avant de s'accoupler, la femelle teste le mâle au combat pendant 1h et si celui-ci s'avère à la hauteur, ils s'accouplent 20min avant de s'adonner au rite du combat et ce à plusieurs reprises.


Dimanche, le jour du seigneur je vais au Monastère de Kirtipur passer l'après-midi, la nuit et la matinée pour mon projet photo concernant le mode de vie des nonnes. Accueillies à merveille avec Camila elle aussi intéressée par l'idée, nous partageons leur quotidien qui se résume dans les préparatifs d'offrandes pâtissières, des rations alimentaires de chapatis, patates et thé distribuées pendant les pujas (prières) ainsi que de l'entretien et la décoration du monastère et des locaux. La puja a lieu deux fois par jour : à 6h et 16h et dure entre deux et trois heures. Arrivées tout juste pour la deuxième puja du jour, nous assistons à 1h de puja avant de sombrer dans un sommeil profond et irréversible jusqu'à l'aube du lendemain... Malheureusement la fatigue de la randonnée de la veille accumulée aux heures de bus, ne nous permettent ni à l'une ni à l'autre de nous réveiller pour le dîner ! Les nonnes nous accordent de leur temps pour nous détailler leurs missions au sein du monastère et nous ouvrent toutes les portes de leur quotidien malgré ce moment de faiblesse et la brièveté de notre immersion. Regorgeant d'énergie je me réveille très tôt pour la puja matinale de 3h, bien décidée à assister à cet événement majeur de leur journée, d'autant plus qu'il s'agit d'un jour célébré avec importance dans la religion bouddhiste. Durant la puja, nous sommes assises en lotus sur des coussins faisant face à de petits bureaux, la majorité des nonnes sont au centre du monastère équipées de leurs livres de prières et chapelets. Leurs chants religieux résonnent harmonieusement en réponse aux entractes instrumentaux où chacune se donnent à coeur joie dans sa tâche : de jeunes nonnes font vibrer la peau tendue des tambours, d'autres soufflent avec conviction dans d'énormes didgeridoo finement décorés qui donnent le tempo aux cymbales... Les yeux fermés le voyage est sans frontière ! 


A la sortie du monastère je retrouve Nadia rencontrée pendant mon vol aller jusqu'à Delhi où elle a commencé son voyage avant de venir au Népal. Nous allons à Pashupatinath prendre des photos des Saddhus arrivés des quatre coins de l'Inde et du Népal pour célébrer le Shiva ratri et rentrons gratuitement grâce au frère de Bishey rencontré à Chitwan qui travaille sur le site... Au Népal l'entraide est dans les gênes et bien au delà ! Nous prenons le temps de promener autour du temple sur les hauteurs de Pashupatinath et je repère un groupe de Saddhus avec lesquels nous nous inviterons le lendemain en compagnie de Sam et Camila pour célébrer le Shiva ratri et même être filmés par la télévision locale qui nous demandera de fumer à la népalaise devant la caméra. Les Saddhus, ces hommes qui ont renoncé à la société et l'aspect matérialiste qui en découle sont sacrés en Inde comme au Népal et vivent d'ailleurs des donations de leurs dévôts. La consommation de haschich fait partie intégrante de leur rituel de vie ainsi que de leur recherche spirituelle. A l'occasion du Shiva Ratri qui a lieu au temple de Pashupatinath dédié à Shiva où se déroulent les crémations des corps des défunts (équivalent à Varanasi en Inde), des milliers de Saddhus affluent d'Inde pour se rassembler et partager ensemble le chilum autour d'un thé épicé. L'évènement est d'une ampleur incomparable et demande une organisation hautement sécurisée afin de pouvoir accueillir ces Saddhus ainsi que les milliers d'habitants de Kathmandu qui se déplacent à Pashupatinath pour cette occasion et ce malgré les 5 heures de file d'attente tout au long de la journée !


Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    mamou (vendredi, 13 mars 2015 13:45)

    très belle description; pendant un quart d'heure, J'ETAIS moi aussi au Népal; merci

  • #2

    parrain (jeudi, 19 mars 2015 07:28)

    Silvia, tu es notre Alexandra David Neel !


Festival rime avec Népal !

Le Sankhu festival est célébré tous les ans pendant 1 mois dans divers lieux spirituels et religieux de Kathmandu. Tous les jours des centaines de femmes vêtues de sari rouges s'y acheminent tôt le matin et s'adonnent au rite de purification en trempant leurs longs cheveux dans l'eau sacrée. Toutes alignées, les pieds dans l'eau, le spectacle est haut en couleurs ! Très vite la réalité du climat ambiant accourte le rite et elles sortent dans un élan de foule se sécher près du feu en s'enroulant sur la tête une serviette harmonieuse à leur tenue. Il fait encore nuit mais les photos au levé du soleil n'en sont que plus belles. Le dernier jour de ce rituel a lieu au temple de Salinadi. Nous nous levons à 4h du matin pour espérer être aussi matinaux que les népalais.


Avant d'écrire mes cartes postales, je ressens le besoin de matérialiser la carte du Népal que je ne peux envoyer à ma petite mamie... Ottavia experte en tatouages, comprend très vite la symbolique de ce geste et m'aide à représenter chaque éléments significatifs. Je me fais tatouer au poignet un timbre avec un fond montagneux enneigé représentant l'Himalaya, un avion symbolisant le voyage, un soleil rayonnant de mille feux pour celle qui illuminait ma vie et dont le prénom est traduit en népalais/hindi au bas du timbre : "María". Sous le timbre, les yeux du bouddha teintés du bleu des yeux de mamie - que j'ai la chance d'avoir en héritage, parce que je sais qu'elle veille sur moi où que je sois.


Envisageant de faire mon projet photo dans un monastère, Ram m'amène vendredi au monastère de Kirtipur. Je rencontre la responsable du lieu et préviens donc de ma venue prochaine et de la raison de ma présence. Kirtipur est un village à moins de 30min de Kathmandu qui surplombe une partie de la capitale où j'apprécie déjà le calme relaxant à l'écart de l'agitation urbaine. Le monastère se situe non seulement au point culminant du village mais fait aussi face au somptueux temple Swayambhunat et son monastère.


Le lendemain, les sorties nocturnes accumulées sur la semaine commencent à se faire ressentir, jusque dans la rue où l'on nous reconnaît avec Ottavia ! Le midi nous partons manger sur le toit du restaurant italien (conseillé par l'italienne de la maison évidemment) à Boudanath face à la plus grande stuppa d'Asie ! Le moment et le lieu sont en parfaite adéquation...mais pas autant que l'idée du massage après repas ! Conquise par l'idée je suis Ottavia (toujours!) et nous allons nous faire masser de la tête aux pieds, de droite à gauche pendant 1h30 pour la maudique somme de 25€. Wahou. Il n'y a que mon tatoo et ma sensibilité des pieds qui contrarient ce moment en empêchant la masseuse de se donner à 100% dans le massage. Je ressors allégée et reposée avec les cheveux en choux-fleur aussi gras que l'huile de massage mais qu'est-ce que c'est bon ! Nous enchaînons cette journée de gueule de bois par un ciné Bollywoodien avec la famille et les internes au complet. Je m'attendais à une histoire d'amour se terminant par un mariage dans l'art de la tradition et bien non... Un film dont le sujet est intéressant mais le jeu d'acteurs incroyablement caricaturé et surjoué pour ne pas dire mal joué : il s'agit d'un muet qui rêve de devenir acteur et qui au fil de ses rencontres et entretiens parvient à convaincre de son potentiel et touche une jeune femme qui promet de l'aider dans le démarrage de sa carrière. Elle lui offre ainsi l'opportunité de parler grâce à un mécanisme installé dans la gorge de l'acteur et un système à distance retransmettant les paroles d'une personne tierce avec la voix de celle-ci. Un peu compliqué dans le principe, d'autant plus que le film qui dure 2h ressemble plus à une parodie ou à une pub avec de nombreuses séquences musicales du personnage principal. Très vite ça en devient lassant voire irritant à tel point qu'à l'entracte nous fuguons avec Ottavia et rentrons à la maison préparer la soirée déjà bien trop entamée à notre goût ! Le mal de tête causé par ces 45min interminables de film s'estompe au moment où nous retrouvons notre liberté savoureuse et entamons les festivités.


Dimanche c'est à Pashupatinath que nous nous rendons avec l'équipe pour assister aux mariages de 100 couples ayant choisis cette date propice à l'union ! Chaque couple est assis près du feu béni par un religieux qui suit le rituel de la cérémonie, une étoile aux multiples branches rose et jaune est dessinée sur le sol représentant minitieusement les astres du jour ainsi que la fertilité, l'amour et les responsabilités du mariage. Pendant que des centaines de couples s'unissent, de l'autre côté de Pashupatinath les corps de défunts brûlent sous les flammes alimentées des larmes des familles. En rejoignant la cabane du plus beau Saddhu du Népal, nous assistons à ce que je redoutais le plus : l'incinération d'un enfant. Le lieu a déjà tendance à m'engourdir l'estomac mais cette mère en pleurs puis évanouie pendant près d'une heure jusqu'à ce qu'on parte, est une très dure épreuve.

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Paulette (vendredi, 20 février 2015 15:25)

    Pour l'instant la vie est belle !
    Avant le recueillement dans le monastère.. ?
    Mais j'ai dû manquer un ou deux épisodes…..
    A plus !


Autre pays, autres coutumes !

Le vendredi c'est la party officielle de la semaine ! Et le lendemain on part avec quelques courageux du groupe, randonner aux alentours de Khokana où se trouve un ancien centre toujours en activité qui accueille les personnes atteintes de la Lèpre abandonnées par leurs proches bien qu'ils ne soient plus contagieux. Sam y travaille pour son projet. Malgré le fait que j'ai encore des restes de la veille, la conduite du chauffeur et le manque certain de place, le trajet en bus se passe bien. La randonnée est très agréable : nous traversons des habitations de campagne où sont cultivés des champignons sous serres. Les champs sont d'un vert saisissant en harmonie avec les fleurs jaune et pourtant Ram affirme que le paysage a commencé à se ternir depuis quelques semaines. Arrivée sur un point culminant, la vue laisse sans voix et me rappelle les paysages de Bali.


Dimanche Ottavia m'amène à Pashupatinath (Pashupati est l'un des multiples noms du grand Dieu Shiva) où sont incinérés les corps au bord de la rivière Bagmati qui rejoint le Gange en Inde, de ce fait les crémations y sont aussi importantes qu'à Varanasi. L'endroit est extrêmement déroutant malgré l'homogénéité de l'architecture du sanctuaire : des sans abris et malades y attendent de mourir pendant que les cadavres sont transférés sur la base de pierre carrée qui fait office de bûcher et que les Saddhus pour touristes s'empressent de poser en échange de quelques roupies tandis que des familles entières se recueillent dans la douleur... Ayant un très mauvais rapport à la mort, ce lieu s'avère très frustrant pour moi, je ne peux même pas envisager de faire de photos tant j'ai le ventre et la gorge noués. Le pont de pierre qui chemine jusqu'au temple d'Or réservé aux hindous symbolise la triste frontière immortelle entre les riches et les pauvres, 10 bûchers sont à disposition pour les plus riches qui bénéficieront d'une cérémonie et d'une quantité de fleurs à la hauteur de leur statut social, de l'autre côté du pont sont incinérés les corps des plus pauvres sans trop d'artifices ! Le bûcher est nettoyé et recouvert de bûches et paille avant que soit installé le brancard soutenant le corps sans vie. La cérémonie commence lorsque les pieds du défunt sont bénis par l'eau sacrée de la rivière (côté pauvre) et le corps orienté vers l'Himalaya. Le défunt qu'il soit riche ou pauvre est recouvert d'un tissu orange et blanc symbole de paix, le brancard fait le tour du bûcher avant que le mari, la mère ou le grand frère ait la charge de mettre le feu dans la bouge du défunt. Les cendres sont ensuite jetées dans la rivière où se forment des bancs de cendres sur les rives. Quelle tristesse de voir un être humain ainsi disparaître et des passants fouiller dans les détritus pour récupérer des vêtements voire des bijoux non consumés.


Autant dire qu'assister à une telle cérémonie a bien changé ma vision de la mort, malgré le mal aise de voler l'intimité du défunt avant qu'il ne soit plus que cendres, cela m'a permis de me rendre compte de l'importance de la préservation du corps pour ceux qui nous survivent. 


Lors d'un devoir photo pour le Journal d'Ottavia, nous baladons au Durbar Square et arrivons pour l'apparition chronométrée de la déesse Kumari. Il s'agit d'une des 7 fillettes du Népal choisie vers 4ans et vénérée comme l'incarnation de la déesse sur terre. Il est strictement interdit de prendre une photo d'elles afin de préserver leur âme. Devenir une Kumari est possible mais il faut non seulement appartenir à une certaine caste et surtout répondre à de nombreux critères exigeants tels que : n'avoir aucune cicatrices, avoir des yeux en amande, un horoscope qui colle avec des critères précis, être vierge... mais leur caractère sacré prend fin à l'apparition de la première goute de sang jugée comme impure ! La vie de ces divinités ne peut être plus ennuyeuse : interdit de jouer pour ne pas se blesser, quasiment immobile dans la solitude la plus pure, elles n'apparaissent qu'à l'occasion d'évènements religieux majeurs ou depuis leur balcon, le visage triste et lassé de cette mascarade qui emprisonne ces jeunes enfants dans une sphère sans rencontres et épanouissement !  Leur carrière prend fin au plus tard lors de leurs premières règles. Dès lors elles retournent chez elles avec de nombreux cadeaux mais le retour à la vraie vie est bien souvent compliqué pour elles qui sont vouées à rester célibataire et s'intègrent très mal auprès de leurs concitoyens qui n'arrivent pas à faire abstraction de leur ancien statut de déesses vivantes. Ce "rêve de petite fille" les condamne à vie.

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    papou et mamou (vendredi, 13 février 2015 21:13)

    Tres bel article, mais une realite tellement triste! Cela nous permet de relativiser bien des choses ! Rz

  • #2

    pati (samedi, 14 février 2015 07:51)

    quelle tristesse mais dans leur coutume c'est pas pour autant qu'ils sont malheureux le restant de leur jour... et parfois, c'est une nouvelle vie qui (re)commence et tous les mauvais chakras sont expulsés...


Rencontres, sourires, partages, bonheur : welcome to Nepal

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas malgré nos habitudes d'apprécier le lever et le coucher de soleil depuis le toit de la maison et de manger du riz 2 fois par jour... Je m'y sens tellement bien que j'ai l'impression d'avoir vécu ici depuis des mois. Les autres internes s'étonnent à chaque fois que je leur rappelle que cela ne fait qu'une semaine que je suis ici : oui, Kathmandu n'a plus de secret pour moi, oui je suis heureuse ici, oui je ne rencontre que des gens d'exception, oui j'aime cette vie de voyage qui est riche de toutes ces choses simples qui me comblent de bonheur !


Mercredi je pars faire quelques photos dans le quartier de Thapathali où des logements de fortunes sont attribués aux Saddhus, à proximité des bidonvilles qui vivent sur les rives de la rivière nauséabonde. L'odeur est si forte que j'envisage de faire demi tour jusqu'à ce que j'aperçoive des enfants en train de jouer sur d'énormes tuyaux de canalisation en pierre ! Ni une, ni deux, j'enjambe la fosse creusée par l'eau et nous faisons connaissance. Au début il n'y avait qu'une petite fille puis un garçonnet est arrivé et son ami nous a rejoint. Tous trois aiment et se prêtent au jeu du regard à travers l'oeil de l'appareil ! Cet échange à proximité des bidonvilles et de la rivière contaminée n'est que le résultat du partage à l'état pur.


Nous n'arrêtons pas de visiter les alentours de Kathmandu avec l'équipe ! Bhaktapur est à quelques 30aines de minutes de la ville et bien que l'entrée du Durbar Square soit relativement onéreuse par rapport au Durbar Square de Kathmandu qui est plus impressionnant, l'endroit est magnifique et regorge de petites ruelles authentiques dont je suis friande. La fameuse place des potiers et la douceur des scènes de vie quotidiennes laissent rêveur. Malheureusement nous n'y restons pas très longtemps car Ottavia mon acolyte doit apporter ses photos au journal, mais j'y retournerai. 


La journée de vendredi est très intense et forte en émotion ! Nous partons avec Ram en reportage photo avant le petit déjeuner pour la commémoration en hommage aux Martyrs au Memorial Park de Lainchaur. L'ensemble du quartier est sécurisé par des policiers jusque sur les toits et le premier ministre est escorté pour déposer la couronne de fleur symbolique. De nombreux chefs de l'armée déposent des gerbes ainsi que des citoyens venus rendre hommage aux martyrs du pays. Nous sommes les seuls photographes étrangers de cette équipe de journalistes ! Après le petit déjeuner, nous repartons réaliser quelques photos d'un mariage hindu auquel je n'avais jamais encore assisté. Comme souvent l'arrangement du mariage se ressent dans le sourire de la mariée dont le voile laisse transparaître la tristesse. Les nouveaux mariés sont assis en tailleur l'un à côté de l'autre et le détachement de la femme vis à vis de cet union est flagrant : elle reste figée sur son portable pendant les photos officielles !! Ensuite son père ou son beau père vient la chercher, il la porte sur son dos à travers la foule, fait trois fois le tour de la voiture décorée de fleurs orange formant les initiales des époux avant d'y installer la mariée du jour au côté de son époux. Tous les invités sont parés de leur plus belles tenues. 


Après une telle matinée je pars avec Ottavia qui doit faire des photos d'enfants travaillant dans un quartier de Kathmandu. Effectivement de nombreux immeubles sont en construction dans le quartier, certains à l'oeuvre d'autres à l'abandon. En suivant les panaches de fumée des cheminées d'usines, la chance nous mènera jusqu'à la fabrique de briques demandée par le journal ! Après avoir été autorisées à rentrer dans un immeuble dont les fondations se limitent aux murs et où travaillent 4 ouvriers perchés sur leur échafaudage de bambou, nous coupons à travers champ en traversant le quartier aux maisons étonnamment colorées et imposantes défiant les bâtisses fébriles en construction.


Depuis 1h que nous sommes ici, les villageois semblent être tous au courant de notre présence ! Pour autant, l'accueil est chaleureux et sincère. Petit à petit, les champs se recouvrent de briques dont les fraîchement moulées sèchent sur le sol tandis que les autres sont habillement empilées en murets. Une dizaine d'enfants s'empressent de venir poser devant l'appareil en criant "miss picture !". Ils sont très attachants et nous touchent profondément lorsque pour réaliser les photos d'Ottavia ils nous montrent comment ils travaillent en portant 10 briques dans leur dos... Tous ces enfants s'amusent de cette situation comme s'il s'agissait d'un numéro de cirque et affichent avec fierté leur savoir faire ! Ce ne sont que des enfants qui travaillent aussi dur que les adultes et pourtant leur âme insouciante d'enfant reste intacte : ils sont tous bien plus riches que les personnes superflus qui ne trouvent plus satisfaction dans ce monde excessif, eux se contentent de choses simples pour assouvir leur bonheur malgré leur pauvreté. Nous repartons très émus par ces sourires partagés, nous promettant de revenir avec du chocolat pour tout le monde.

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    mamou (jeudi, 12 février 2015)

    belle description des gens, de leur vie et leur environnement, de l'insouciance des enfants malgré la dureté de leur vie; merci


"Namasete" !

* Namaste prononcé à la japonaise dans le restaurant japonais où nous sommes allées avec Otta.

Samedi matin je déménage de maison. Toute excitée à l'idée de rencontrer une autre famille, les bénévoles et d'attaquer les cours photo.... en 3h j'avais déjà l'impression d'avoir toujours vécu chez Chila et Nardev. L'ambiance est très accueillante et chaleureuse que ce soit avec les parents, les 3 enfants, le chien Tomy et les colocs ! Je m'y sens déjà bien et sympathise immédiatement avec Sam le québécois et Ottavia l'italienne monégasque. L'aventure comme je l'aime commence. 


A peine arrivée nous partons avec Sam gravir les marches du temple Swayambhunat, envahi par les singes et imprégné d'une forte spiritualité. J'avais besoin de retourner dans ce temple, de prendre le temps de le découvrir et de mêler mon énergie à ce lieu. Nous y passons des heures entières jusqu'à la tombée de la nuit, à écouter la musique ambiante assis près des locaux et à regarder les moines tourner autour de la stuppa chapelet en mains. Qui plus est la vue sur Kathmandu est imprenable. Après y avoir découvert un monastère que je n'avais pas eu le temps de visiter la première fois, l'édifice vers lequel convergent les drapeaux bouddhistes reliés au temple attire mon attention. Sam aime autant que moi prendre son temps pour découvrir un lieu, rencontrer les locaux et ressentir l'atmosphère ambiante : la magie opère, nous assistons à une partie de foot entre moines où Sam participera en tant que gardien de but ainsi qu'à la distribution de rations de riz, sans savoir s'il s'agit d'un banquet en guise de préparatifs du Sarsoti puja ou d'une aide aux plus démunis. Cette première journée au sein de ma nouvelle famille est extraordinaire.


Le lendemain je rencontre Ram qui me donne les cours basiques de photos avec mise en pratique. Je pars ensuite avec Ottavia dans un temple de quartier près de mon ancienne famille où le festival du Sarsoti puja a lieu, même si nous arrivons sur la fin, les fidèles déposent des bougies, écrivent à la craie sur les murs et se reccueillent vêtus de leurs plus beaux habits traditionnels. Ottavia travaille bénévolement pour le Journal "Himalayan time" et réalise des clichés époustouflants pour chacun de ses devoirs quotidiens dont les thèmes varient, en fin de journée elle rapporte ses photos. Pendant la demie heure qui lui est nécessaire pour trier ses photos, je balade dans le quartier où se trouve son bureau en essayant de mémoriser le chemin retour, je rencontre des enfants qui jouent au badminton dans la rue et me demandent une photo en m'offrant leurs plus beaux fous rires. Puis en continuant j'entends deux petits bouts qui me coursent, ils veulent eux aussi partager la sincérité de leurs sourires et prendre leur première photo : appareil fixé au poignet et bras tendu, je leur montre comment me prendre en photo, c'était quelque chose de très touchant. Je poursuis mon chemin les larmes aux yeux, touchée par ces rencontres éphémères qui apportent tellement de bonheur à l'état pur ! Et à l'angle de la rue se trouve l'entrée d'une école où les banderoles et l'hôtel de célébration du Sarsoti puja festival m'interpelent. La magie du voyage opère : la directrice m'accueille et accepte de me faire visiter l'école et de répondre à mes questions concernant leur façon d'enseigner l'anglais, la célébration d'évènements religieux à l'école... Une petite venue attendre que son frère finisse sa journee me parle longuement de son école et sa famille, cet instant est d'autant plus merveilleux qu'avant mon départ je me vois offrir une mandarine et un sachet de sucrerie. Le bonheur c'est d'être là tout simplement.


Les 2 jours suivants nous partons avec le trio de choc arpenter les alentours de Kathmandu à Namo buddha, le paradis népalais de la marijuana et à Nagarkot où la vue imprenable laisse sans voix bien que l'Everest fasse le timide derrière les nuages d'altitude. Installés dans un bâtiment en construction sur plusieurs étage nous contemplons la chaîne de montagnes depuis le toit pendant des heures. Il est bon de retrouver le calme et l'authenticité de la campagne.


Le Népal en un mot c'est : le Partage.

Écrire commentaire

Commentaires : 4
  • #1

    mamou (mardi, 03 février 2015 05:16)

    magique cette description; je m'y croyais!!!

  • #2

    Paulette (lundi, 09 février 2015 16:47)

    Très passionnant, j'attends avec impatience les photos…..

  • #3

    parrain (mardi, 10 février 2015 18:36)

    La vraie i richesse n'est pas enfermée dans un coffre fort, tu fais bien de nous le rappeller, on a tendance à l'oublier, merci Silvia

  • #4

    Marraine (mercredi, 11 février 2015 19:27)

    Arrête de nous faire râler comme ça . On a l'impression de voyager à tes cotés merci pour le dépaysement . Gros bisous


Kathmandu, la chaotique charmeuse

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    parrain (mercredi, 28 janvier 2015 18:54)

    Tes commentaires sont toujours aussi intéressants. Parrain

  • #2

    mamou (vendredi, 30 janvier 2015 05:25)

    je suis bien d'accord avec parrain; rien ne t'échappe, jusqu'aux détails, c'est bien !!!


Immersion à la culture népalaise

Logée dans une famille avec 3 autres bénévoles Danoises, il n'y a rien de plus enrichissant que d'écouter le père de famille narrer l'histoire de son pays, ses crises et son développement. Bikkram, le référent EXIS du Népal en fait de même le matin lors des cours sur la culture népalaise et le nepali dont l'alphabet est identique à celui de l'hindi mais s'avère différent dans le parlé, bien que certains mots soient communs. J'apprends doublement grâce à ça !


Le Népal est un pays hindu mais sa population ne cesse de croitre et de rescencer de plus en plus de chrétiens, bouddhistes et musulmans, répartis plus ou moins comme ceci : 

- 65 % hindous

- 15 %  bouddhistes

- 15 %  chrétiens

- 5 % musulmans


Tout comme l'Inde, le pays est régie par un système de castes complexes : des millions de castes et sous-castes se diffèrent au sein des hautes, moyennes et basses classes sociales ! 


- La haute classe correspondant aux individus ayant accès à l'éducation et à la culture, propriétaires d'un business et de terres et/ou maisons.

- Les familles de moyenne classe ont une bonne éducation et condition de vie, ils gagnent bien leur vie, et travaillent au service d'autrui : les "Sherpas", guides touristiques en montagne en sont un bon exemple. Il y a une majorité de classes moyennes dans le pays !

- Quant aux délaissés de la basse classe sociale, ils sont voués à travailler pour le confort d'autrui, comme artisans, cireurs de chaussures, etc, et surtout à passer en second plan de cette société discriminatoire. Hélas cela ne s'arrête pas là : dans cette classe certaines castes sont encore plus misérables et intouchables dans le sens où personne d'extérieur à cette caste n'envisage de leur parler ou de les approcher et eux-mêmes ne sont pas autorisés à aborder d'autres castes ! En effet, dans le cas où en pleine campagne il n'y a qu'un point d'eau potable accessible et qu'une famille de caste pauvre s'y achemine et aperçoit au loin un autre individu, elle se doit d'attendre afin de connaître la caste de ce dernier (reconnaissable dans l'attribution du nom de famille) qui est prioritaire en cas de "supériorité hiérarchique"... Pire encore : un individu de basse caste ne doit jamais s'opposer à une personne issue de caste supérieure à la sienne, que ce soit verbalement ou physiquement et ce même s'il est frappé ou agressé !! Voici la triste explication de l'analphabétisation des enfants pauvres qui fuit l'école, traumatisés par ces représailles injustifiées. 


Officiellement la discrimination est actuellement interdite et condamnable mais en campagne l'absence de policiers gomme cet interdit.


A chaque caste correspond un corps de métier et il est impossible d'envisager de changer de caste pour évoluer, hors mis pour une femme qui épouse un homme d'une caste supérieure. De nos jours, il y a autant de mariages arrangés que d'amour qui fonctionnent au Népal. Et chose que je ne savais pas non plus : les mariages arrangés par la famille s'avèrent sécurisant pour les femmes qui bénéficient du soutien moral et financier de ses parents ET beaux-parents en cas de mauvaise conduite de son époux (alcoolisme, violence..). Lors de mariages n'ont choisi par les parents du marié, ceux-ci ne semblent pas garantir la fiabilité de leur fils auprès de sa future épouse et ne prendront pas en charge ses dérapages !


Bien que le Népal soit le 2ème pays le plus alimenté en eau de source au monde après le Brésil, les moyens pour convertir cette ressource en électricité sont faibles au point de ne pouvoir approvisionner continuellement et simultanément l'ensemble du territoire ! Le pays est alors découpé en 7 secteurs, chacun alimentés en électricité en suivant un calendrier très précis (et difficile à suivre pour moi) pendant 8h par jour ! Le problème étant que pendant que certains bénéficient du courant pendant la journée d'autres ne l'auront que le soir voire la nuit... Vous excuserez alors les délais entre chaque article, il me faut un temps d'adaptation pour m'organiser :)


Depuis les années hippies (révolues hélas) au Népal, le tourisme connait un essor fulgurant et les voyageurs en tous genre affluent des 4 coins du monde. Avec un visa taxé environ 1€/jour à chaque visiteur (20€ pour 15jours, 40€ pour 30jours et 90€ pour 90jours), en plus des taxes des locaux le pays amasse une richesse suffisante pour "sortir le pays de cette misère", bien qu'il soit plus développé que son voisin indien. Malheureusement, les hommes de tête s'enrichissent au détriment du peuple dans le besoin et seulement 25% des taxes permettent la construction de routes et les 75% restant font visiblement partis des pourboires réquisionnés avec abus de pouvoir ! Quand on sait qu'il y 174 partis politiques avec plusieurs chefs dans chacun, on interprète plus facilement ce chiffre astronomique tout comme les grèves à répétition et les conflits au sein du parlement !


Pour autant, l'espérance de vie au Népal ne cesse d'augmenter : 65-70ans, le pays a donc de l'avenir et j'espère avoir le plaisir de refouler son sol à l'avenir...

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    mamou (vendredi, 30 janvier 2015 05:23)

    j'adore m'instruire avec toi!!!!!


Paris > Delhi > Kathmandu : les péripéties commencent ici !

Quelle entrée en matière pour une reprise   on the road ! De Paris à Kathmandu la guigne me suit...


Arrivée au terminal de Charles de Gaulle 4h à l'avance de façon à enregistrer ma valise en soute en temps voulu, le guichet n'est même pas ouvert que je reçois un SMS spécifiant un retard d'1h, soit. Je commence à m'endormir dans un canapé-transat de l'aéroport quand à l'heure initiellement prévue on appelle à l'"embarquement immédiat des passagers"... soit, je suis étonnée mais plutôt rassurée d'embarquer tant je fatigue. Mais embarquer ne signifie pas partir, oh non ma vie serait trop monotone si tout se déroulait comme prévu, c'est bien connu ! Haha.


A bord, je ne suis pas contre mon hublot fétiche mais dans l'allée centrale avec un jeune étudiant indien venu 2 semaines avec sa classe à Paris et Bruxelles, démontrer que "l'Europe est le rêve de tous les indiens" ainsi que Nadia une toulousaine amoureuse de l'Asie qui voyage seule avec passion et conviction. 1h30 s'écoulent pendant que nous papotons avant de nous rendre compte que...nous n'avons toujours pas décollé quand soudain du savon ruissele sur les hublots !! Est-ce une coutume pour la compagnie Air India de profiter de son retard avancé pour laver son bolide avant le décollage ??! Sans aucune explication ou éventuelles excuses, nous décollons enfin. Réveillée toutes les 3h pour manger (certains diront que cela me convient bien, peut-être!), j'ai plutôt bien dormi et je n'ai pas vu passer le trajet avant l'escale à Delhi ! 


Ah, l'Inde et ses éternelles files d'attente semi-anarchiques et séparées entre hommes et femmes... Mon escale ayant été réduite quelques jours avant mon départ je n'ai plus que 1h30 avant de ré-embarquer avec la compagnie Air India et je m'inquiète alors du transfert de ma valise au vu du temps imparti ! Et effectivement, le retard du décollage ajouté à l'interminable attente du contrôle des transferts internationaux, lorsque j'aperçois le tableau des départs le mien affiche "porte fermée" !! Décidément.. Heureusement j'embarque.


Pour ne pas changer la rythmique de la journée : l'avion est retardé à cause de l'ensemble des départs simultanés et nous faisons la queue derrière 4 autres bolides près à s'élancer dans les airs. Une fois à Kathmandu, les formulaires de visa et surtout l'attente vaine de mon bagage en soute et sa déclaration prendra 2h15.... Moi qui avais envisagé de mettre un foulard pour passer davantage inaperçue, là j'arrive en toute discrétion : doudoune et baskets bleu turquoise !! 


Peut-être parce que je suis accoutumée à collectionner les péripéties et notamment aéroportuaires, je suis restée de marbre face à tout ça, rien ne gâchera mon bonheur d'être de retour en Asie ! On verra pour la valise demain.


Pour l'heure, Bikkram m'amène comme prévu à l'appartement réservé aux bénévoles des programmes EXIS. Cette traversée de Kathmandu me fait l'effet d'une immersion soudaine après tout ce temps passé en avion et aéroport mais qu'elle belle surprise d'être là ! L'appartement des bénévoles où je vais rester une semaine se situe au rez de chaussée d'une maison de 4 étages avec terrasse sur le toit dans laquelle la famille d'accueil réside au premier. Il y a 3 chambres de 3 lits chacune, une grande pièce à vivre où seront dispensées les matins de cette semaine nos séances d'immersion à la culture et la langue locales, ainsi qu'une douche sans eau chaude qu'il faut aller chauffer en cuisine... Évidemment il n'y a pas de chauffage et le wifi fonctionnent aux heures de l'approvisionnement en électricité du quartier tout comme l'éclairage !


Demain je file arpenter les rues de Kathmandu en quête d'un sac de couchage, d'une carte sim et de piles pour ma lampe de poche qui pour clore cette journée, a rendu l'âme une fois sur place.

Écrire commentaire

Commentaires : 0