Immersion et rencontres

Andalousie, terre d'héritages

Ils sont rares les pays européens conservateurs de l'identité de leur pays et de l'authenticité de leurs traditions... L'Espagne affiche avec fierté et élégance ses coutumes aux couleurs ancestrales !

Rien n'est plus dépaysant que de pavaner dans la féria de Séville, au gré d'une multitude de jupons volants qui épousent les corps des sévillanes et s'agitent doucement à chacun de leurs pas. Des calèches de 2 à 5 chevaux tous plus beaux les uns que les autres affluent de chaque côté, les rues sont rythmées par les dizaines de grelots qui décorent les montures en plus des pompons rouge et jaune. Le spectacle commence déjà. Des robes à pois, unies ou à rayures, majoritairement rouges mais aussi jaunes, mauves ou roses, toutes sillonnent Séville et convergent vers la féria ! Les hommes revêtent leur costume d'hidalgo ou pour les plus modernes un costume avec cravate parfaitement repassé. Qui sera le plus beau couple de la féria ? Si l'on devait en élire un, il faudrait être très minutieux tant les concurrents sont nombreux et très durs à départager... Si telle une guiri (touriste), cette sévillane n'a ni fleur ni barrette dans les cheveux tressés, l'inscription sera vaine. Assortir ses boucles d'oreilles à sa pince à cheveux, son sac à sa robe et la chemise de son conjoint à son teint ou porter une robe assortie à celle de sa fille, là est bien le secret de cette coutume qui a le don de rajeunir de générations en générations !

 

- - - - - - - - - 

La corrida, spectacle traditionnel de la culture espagnole où taureaux dansent autour de leur propre bûcher suscite de nombreuses réactions. La mise à mort pour le simple divertissement du public d'aficionados est l'élément marquant de cette pratique. Pourtant, le spectacle ne s'arrête pas là, il y a dans la corrida toute une chorégraphie, une gestuelle cadencée et raffinée, presque féminine qui fait le show. 

 

Les toreros matadors, héros ou bourreaux du soir coiffés de leur chapeau noir corné entrent dans l'arène avec fierté, au rythme de la fanfare qui orchestre le déroulement de la corrida et annonce la fin de chaque parade.

 

La première étant l'entrée du matadorqui s'agenouille devant la porte le regard déterminé, prêt à accueillir le taureau ou accompagné de ses peones s'il le désire pour un jeu de passade sans pique avec le taureau. Puis, viennent les deux picadores, toreros à cheval dont un seul a pour mission de piquer le taureau avec sa puya fixée sur une lance de 2,60m ; le second supervise et n'intervient que si besoin et si tout se passe bien son cheval ne tâchera pas sa belle robe protectrice du sang de son prédateur à cornes. C'est alors que les peones jouent avec le taureau, les capes roses s'agitent dans un mouvement très aéré et sensuel qui hypnotise le public ambiancé au point d'en oublier presque ce qui attend l'animal essoufflé. Le tour de parade des banderillos qui dansent autour du taureau jusqu'à planter dans son cou la banderille tranchante en signe de trophée réveille vite les esprits ! Ils sont trois ou quatre autour de l'animal qui foule le sable jaune de sa pâte dans un élan de fureur revanchard... en vain, l'orchestre annonce d'un son de corne l'ultime parade. Le matador pénètre tête nue dans l'arène, cette fois c'est une cape rouge sang qu'il a en main, la danse lancinante reprend sous les acclamations du public "olé", "bien" jusqu'à ce que retentisse l'heure du duel. L'un est armé de son épée, l'autre dispose de deux cornes, l'un est luisant de sang frais, l'autre brille de mille paillettes. La bête noire qui gît sur le sable jaune vif se voit offrir un dernier tour d'arène en calèche... triste héritage culturel des romains qu'est cette image de la dépouille ainsi tractée. De tous temps l'Homme s'est diverti devant le sang, prêt à parier et jouer sur des vies, telle est l'essence honteuse de l'être humain... 

 

Évidemment le taureau est abattu froidement et sans raison mais n'oublions pas qu'au temps des romains, il s'agissait d'hommes dans l'arène et ce même public d'aficionados se plaisait tout autant à jouer avec la vie de leurs frères condamnés ! La tradition a évoluée au détriment de la vie des animaux mais il faut savoir que la chair des dépouilles n'est pas gaspillée mais consommée. 

 

- - - - - - - - - 

L'Andalousie des cartes postales a ses façades blanchies à la chaux, pourtant de plus en plus de maisons prennent une tout autre teinte à l'image de cette Espagne haute en couleurs et rares deviennent les villages atypiques. Jusque dans l'architecture l'influence culturelle arabe se fait ressentir sur ses arcs voûtés, ses remparts et ses arabesques subtiles.

 

Séville, Cadix, Malaga et Almeria témoignent de cet héritage mais à des degrés différents : c'est entre Malaga et Almeria, en plus de Granada que l'on hume ce parfum oriental à plein poumons. Les forteresses Alcazaba de ces villes (dont la plus célèbre reste la Alhambra de Granada) témoignent de la proximité des territoires du Maghreb et de la présence passée des musulmans qui a profondément marqué la culture andalouse jusque dans le nom de la région Al-Andalus, autrefois bien plus étendu que l'actuelle Andalousie. Du fait d'une succession importante de peuples et civilisations sur le territoire, l'héritage architectural y est particulièrement riche et dans les huit provinces, on trouve des vestiges romainsarabes, des traces de la renaissance, de l’époque baroque ou gothique.

 

Aux alentours d'Almeria (Al-Mariyya, « le miroir de la mer »), le paysage reflète les étendues arides que l'on aperçoit à l'horizon des côtes marocaines situées à une vingtaine de kilomètres. Dans un décor de far-west sublime entre cactus, sable fin et chaînes de montagnes arides, c'est ici que l'Andalousie dévoile son vrai visage sous un soleil de plomb !                    

Écrire commentaire

Commentaires : 0